5 Bahts La Danse

Dancers 

Où : Patong, Île de Phuket, Thaïlande
Quand : en fin d’hiver 2007

Il est maintenant 22 heures. Déboussolés, fourbus, accablés par l’étouffante chaleur humide qui nous a sauté au visage comme l’haleine chargée d’une bête furieuse et la bouche pâteuse à cause de toute cette bouffe à l’arrière goût de cuivre qu’on nous a servi en vol, nous sillonnons Bangla Road avec des yeux exorbités : des rabatteurs de spectacles érotiques se chauffent la voix et les poignets pour la prochaine marée de clients, des asphalteuses papotent en petits groupes, des ladyboys se battent avec de grandes Allemandes ivres et poussent de grands cri perçants, un couple de touristes ordinaires – tout deux gras et bedonnants – se prennent la tête pour des peccadilles, un autre et improbable couple Farang-Thaïlandaise – lui blanc comme neige et dépassant sa partenaire de deux ou trois têtes, elle noire comme le péché – se promène main dans la main en traînant une adorable enfant luk kreung qui dort debout, de jeunes gars tatoués et chaussés de tongs font la bringue bruyamment, un fouillis d’enseignes lumineuses de gogo-bars nous en mettent plein la vue, des haut-parleurs hurlent des annonces pour des démonstrations de kickboxing, des cartons sont étalés sur chaque bouche d’égout confinant sous terre ce qui se tapit là-dessous… 

Nous sommes arrivés il y a à peine quelques heures. Pour commencer je me suis senti si bien à l’aéroport ; dans le brouhaha fait par tous ces gens qui parlent des langues étrangères que je ne comprends pas mon esprit s’était enfin libéré. Leur bavardage ne m’atteignait plus, j’étais hors de portée. Ici je n’utilise plus ma langue maternelle mais des mots différents, une grammaire différente, je pense même différemment, je suis un autre homme, et tout est possible. D’ailleurs, pourquoi n’être qu’une seule autre personne quand je peux être multiple ? Je pourrais être les personnages d’un roman que j’écrirais, des egos expérimentaux qui exploreraient les énigmes de la vie pour mon salut et en final celui de mes lecteurs. Mais suis-je vraiment un écrivain ? On m’y pousse, on m’encourage mais ai-je vraiment quelque chose à dire qui n’ait pas déjà été dit ailleurs et mieux que moi ? Pourtant tout ce que je vais vous dire est vrai ; j’ai le devoir d’être sincère prenant ainsi le risque d’exposer mon flanc à n’importe quel animal doté de cornes qui croisera mon chemin. Mais s’il vous plait, n’en croyez pas un mot. 

Mais à présent je suis dépassé ; nous ne devrions pas être ici, mais plutôt dans nos chambres d’hôtel respectives en train d’essayer de récupérer. Pourquoi se précipiter ? Le spectacle a lieu tous les soirs n’est-ce pas ? De toute façon je ne suis pas vraiment en vacances, mais pas vraiment au travail non plus, j’accompagne quelqu’un qui a en quelque sorte besoin qu’on l’escorte. Ce soir je n’ai pas l’esprit ouvert. Ce n’est pas que j’ai de mauvaises vibrations, mais je n’arrive pas à me débarrasser de cette impression persistance que quelque chose de désagréable va arriver ce soir. 

Je porte un pantalon décontracté et une chemise sportswear. La transpiration commence à rouler dans mon dos et ça ne fait pas dix minutes que je suis dehors. Pourtant je sais que dans deux ou trois jours je me sentirais bien dans cette chaleur. Je préfèrerais porter un T-shirt sans manches, mais dans ce cas je prendrais le risque de me retrouver avec des ladyboys qui me collent aux basques ou un crétin voudra m’inviter à un combat de kickboxing. Me battre est bien la dernière chose que je veux faire ici ; je ne vois que deux issues possibles et les deux mènent à de sérieux problèmes. Je veux être anonyme, je veux juste être un autre farang en goguette et rien de plus. 

Nous tentons notre chance dans le soi Gonzo qui paraît calme. À peu près au milieu nous sommes interceptés par des filles en débardeurs noirs qui sont tout sourires ; elles zigzaguent entre nos jambes, nous attrapent par le bras, nous susurrent des mots doux et nous invitent à nous assoir en tapotant du plat de la main le dessus d’un tabouret. Impossible de ne pas s’arrêter, impossible de ne pas s’assoir. Ici ou ailleurs, c’est un bar comme les autres avec des bières et des filles, non ? Même la musique est la même que partout ailleurs…Hum, pourquoi venir de si loin pour retrouver pratiquement la même soupe insipide qu’à la maison ? Ça me laisse perplexe. Je m’attendais à trouver de la musique Thaïe, ils ont tant de styles différents et de si bons musiciens. Il m’est difficile de déterminer si ce sont les propriétaires de bars qui anticipent les attentes des clients ou si c’est pour faire bien qu’ils ont de la musique occidentale. À mon arrivée à l’hôtel, je suis allé à leur bar pour boire un jus de citron. Quand je suis entré l’endroit était rempli d’un air de morlum qui était repris en chœur par la serveuse. Qui a dit que Phuket n’est pas la vraie Thaïlande ? Puis à exactement 18 heures, et je vérifierai par la suite et à mon grand désarroi que ça se répétera de la même façon tous les jours, la serveuse a éteint la radio locale pour diffuser un programme de musique occidentale préenregistré. Pourtant, quelques jours après, tard dans la nuit alors que j’étais en train de tomber amoureux au bar Easy, le DJ du soi Lion s’est mis à passer des tubes thaïlandais en commençant par ‘Kid hord kord bor dai’ de Sirirpon Umphaipong. Les filles sont devenues comme folles, et elles se sont mises à chanter à tue-tête et à danser avec une excitation frénétique, enfin elles pouvaient se lâcher. 

Nous décidons de jouer le jeu. Et c’est parti pour la première tournée : une bière pour moi et un cocktail pour mon client. Pas de demande de ladydrinks pour l’instant. Bien joué. Moi ça me gave d’être poussé à payer des boissons d’entrée de jeu, elles doivent être patientes et les mériter. Une fille amène les boissons pendant je suis occupé à évaluer les possibilités autour de moi. Puis je verse ma bière dans l’étrange gobelet en bois exotique que la serveuse a amené avec la bouteille. D’où je viens on boit la bière dans un verre, pas au goulot comme un maçon sur un chantier. Mon client éclate de rire, les filles aussi, et il agite en face de moi un petit bout de papier avec des choses écrites dessus au stylo. Jusqu’à maintenant je n’ai bu que des jus de fruit et avant même de boire une gorgée de ma Singha je me comporte déjà comme un idiot. Cet endroit m’intoxique. Vraiment j’ai fait fort, la nuit risque d’être longue. Il faut que je me reprenne. Cette nuit j’ai une mission.

Neon Dancer

Lek s’occupe de nous. Pas de fesses, pas de seins, frêle, plutôt petite – elle pourrait être très jeune – des cheveux lui tombant sur les épaules, mais très sexy dans sa mini-jupe à carreaux gris et ses talons hauts commence à nous assouplir avec l’habituel “d’où vous venez ?” tout en balayant les alentours du regard au cas où une meilleure affaire se présenterait. Elle est décontractée et joyeuse, et elle dégage une telle aura de féminité que je suis sûr qu’elle a tout ce qu’il faut là où il faut pour un jour donner naissance. Sa peau est assez claire mais plutôt par manque d’exposition au soleil, ses chaussures semblent un petit peu trop grandes pour elles, sa mini-jupe est un poil trop courte révélant ainsi en de fugaces moments une culotte toute simple qu’une fille de douze refuserait de porter avec dédain dans mon pays. Question look, tout pourrait être mieux chez elle. Et pourtant cette fille est attirante. Les Thaïlandaises on vraiment quelque chose de spécial qui peut être décrit, comparé, sur lequel on peut écrire, lire ou délirer, mais jamais tout à fait compris. Cet échec dans cette tentative désespérée d’en percer le mystère, n’est-ce pas justement l’essence de ce mystère qui les rend si attirantes, et plus que tout, n’est-ce pas la meilleure façon de le garder vivant et fascinant ? 

Je ne suis pas vraiment de bonne humeur, je suis comme une pièce de monnaie, j’ai seulement deux faces et ce soir c’est le coté pile qui a gagné. Je suis peut-être déjà exaspéré par tous ces rabatteurs indiens qui voulaient me faire entrer dans leur magasin de confection sur mesure. Ils ont de l’expérience, ne peuvent-ils donc pas voir que je ne suis pas le genre de personne qui va leur acheter quelque chose ? Quand je leur réponds que je viens d’Hong Kong ils me regardent d’un air sceptique suivit après une très courte pause d’un “ni hao ma?” Désolé les gars, mais à Hong Kong les gens parlent le Cantonais pas le Mandarin, il va falloir faire mieux. Donnant la même réponse à la même question, Lek et Joy qui revient tout juste du bar avec un verre décent à mon intention, me lancent le même regard sceptique. Gobelet à facture ou pas, j’ai déjà commencé à boire dedans et avoir un abruti de farang qui boit dans ce gobelet à la vue de tous ça doit faire désordre. Au même moment mon compagnon paie la note. Il farfouille dans une grosse liasse de billets marron. Ceci ne passe pas inaperçu aux yeux de Lek.C’est le moment de porter un toast. Lek et mon camarade trinquent, elle dit “à ta santé mon amour” presque sans accent. Cette fille a trouvé très vite d’où nous venons. À la deuxième tentative je devine que Lek vient de Konkhaen. Elle me fait un sourire entendu. 

Suit une autre tournée offerte par mon patient qui propose cette fois des ladydrinks aux filles. Vodka-Orange for Joy, une bouteille de Lemon-Baccardi-Breezer pour Lek. Eh bien, ces filles savent ce que c’est que boire ! Je décline l’offre, je n’ai bu que la moitié de ma bière. Joy se met à essayer de me travailler au corps. Elle porte un jean simple et une tunique, elle pourrait bien être une mère avec des vergetures, elle ressemble à madame Tout-Le-Monde, pas à la Thaïlandaise supercanon qui vous fait oublier au premier regard que vous êtes marié. Elle dit “j’ai 29 ans, je suis vieille” ; peut-être en Thaïlande, mais pour un farang elle est encore bonne à marier. Cependant, après avoir passé les dix dernières années à “travailler le farang” dans les bars, qui ne se sentirait pas vieux et fatigué ? Joy commence à me masser les bras et les épaules. Je lui dis que je viens juste de passer une semaine en Chine et que j’y ai déjà fait deux séances de massage. “Ah oui je vois, massage avec finition” dit-elle en rigolant. Je pense qu’elle a reçu le message 5 sur 5 ; la face est sauve des deux côtés. Maintenant qu’elle sait que je ne suis pas trop chaud et que je n’ai pas un besoin urgent de compagnie féminine cette nuit, elle partage son temps avec une autre table, allant et venant pour siroter son Vodka-Orange, plus un sourire, mais rien de plus. Ce qui me va parfaitement. Lek a passé la quatrième, triquant à tout vat et raccourcissant la distance entre son merveilleux petit corps et mon pote. Je suis un peu jaloux, cette fille me plait à moi aussi, mais cette nuit j’ai autre chose en tête. 

Mon client a accepté de venir en Thaïlande, parce qu’il “aime les paysages, le style de vie décontracté et la cuisine qui est délicieuse, pas pour les femmes”. Jusqu’à maintenant il m’a toujours dit qu’il n’était pas attiré par les Asiatiques. Pour lui, les Chinoises, les Coréennes, les Vietnamiennes, etc… elles sont toutes des “bridées” au visage inexpressif, à la démarche chaotique, aux hanches étroites et aux dents de travers. Je veux que nous soyons à égalité. Je veux lui ouvrir les yeux, je veux qu’il s’éclate comme jamais il ne s’est éclaté dans sa vie et cet endroit est fortement conseillé pour transformer un zombie de quarante ans en un adolescent surchargé de testostérone. Ça sera pour lui l’expérience touristique ultime parce qu’il va voyager dans le temps, de retour vers sa jeunesse perdue. Il va tout oublier et il va perdre la tête. Il faut dire aussi que je ne veux pas passer notre séjour ici à faire la tournée des bars avec lui et à me soûler chaque nuit. Mais je peux voir qu’il est déjà touché par l’attitude séductrice de Lek. Mais il a besoin d’un petit coup de pouce pour perdre le contrôle. 

Neon Dancer

Je demande à Lek si elle peut nous faire une démonstration de pole dancing ; vu la façon dont elle marche j’ai bon espoir sur ses capacités. Elle dit “d’accord, 5 Bahts”. Je lui tends un billet de 500, et elle trottine jusqu’à la petite plateforme éclairée par des spots qu’il y a au fond du bar. Commençant à danser lentement, elle se synchronise sur le beat avec des mouvements ondulants et félins. Elle glisse le long de la barre, vers le bas, tout en tournant autour doucement ; la barre fermement prise entre ses deux cuisses serrées elle s’accroupit, ses mains sont jointes au dessus de sa tête, son dos se cambre légèrement, puis elle remonte, sans effort. Sous les feux de la rampe sa peau a un aspect satiné, on a envie de la toucher, ses yeux brillent, son sourire est éclatant. Elle commence à jouer avec ses jambes, caressant la barre avec l’intérieur de ses cuisses qu’elle lève tour à tour sur le côté jusqu’à faire un angle droit, en suivant le rythme de la musique qui s’est comme ralenti. Puis alors qu’elle s’accroupit à nouveau, nous tournant le dos, elle fait glisser ses mains le long de barre vers le bas, elle écarte énergiquement ses jambes et appuie son sexe sur la barre alors qu’elle renverse son corps et sa tête en arrière dans une attitude d’abandon. D’où nous sommes nous ne pouvons pas voir … eh bien ce que nous ne pouvons pas voir met le feu à notre imagination et allume notre désir. Elle remonte comme par magie ; elle nous fait face maintenant, rayonnante. Tout le monde dans le soi Gonzo peut la voir danser, mais elle arrive à vous faire croire qu’elle ne danse que pour vous. Elle adapte ses mouvements par rapport aux réactions de sa proie et elle utilise aussi ses yeux pour l’hypnotiser. Elle continue à tourner, en agitant son derrière maintenant. Nous ne voyons plus que son cul maintenant, qui tourne, qui ondule, qui se trémousse, qui nous invite, lui qui nous paraissait si insignifiant tout à l’heure, et bien maintenant il occupe tout l’espace. Quand soudainement jambes tendues elle cambre son dos notre cœur s’arrête une fraction de seconde. Maintenant mon client est abasourdi, sa mâchoire pend. Il marmonne quelque chose où je ne comprends que le mot “danger” et il essaie de reprendre contenance en allumant une cigarette. C’est le bon moment pour arrêter ça ; il doit rester sur sa faim. À l’intérieur de sa tête ça doit tourner comme une tornade ; Lek est au centre, dans l’œil du cyclone, et autour d’elle les pensées et les émotions contradictoires qui ont été arraché de son esprit brisé tournoient en un nuage opaque de débris. Je fais signe à Lek de revenir. 

Je peux voir qu’il évalue les possibilités dans sa tête : embarquer Lek, ne pas l’embarquer ? Je sais qu’il lui faut être fort pour résister, parce qu’il n’est pas le genre de personne à aller avec des prostituées même si elles ont l’air de filles sincèrement amoureuses. C’est un homme de principes. Il croit qu’il n’a jamais payé pour coucher avec une femme, et qu’il n’aura jamais à le faire. Il n’a pas besoin d’aller à de multiples rendez-vous, d’inviter au restaurant ou de cajoler cette fille, c’est trop facile, ça ne peut pas être vrai. Il se sent aussi coupable et honteux de ce désir brutal qu’il lui est venu si vite. Il se demande quelle sorte d’homme il est pour se comporter ainsi.Je le sais parce que j’en suis passé par là et je m’en veux encore pour avoir dit “non” il y a deux ans à la première entraîneuse Thaïlandaise que j’ai rencontrée. Mais pourquoi, pourquoi ai-je dis “non” alors que toutes les cellules de mon corps me disaient “oui” ? Son beau visage a hanté mon esprit durant de nombreuses nuits d’insomnie, ses mots simples “je veux te rendre heureux” résonnant dans ma tête.Lek est mignonne, jeune, probablement expérimentée et par-dessus tout bien disposée. Alors, où est le problème ? 

Nous sommes fatigués ; l’alcool qui circule dans nos veines a porté un coup fatal à nos corps las. Mais il commande encore une autre tournée dont des ladydrinks. Lek commence à le serrer dans ses bras, à reposer sa tête sur son épaule. Si sa petite main baladeuse trouve la sienne, son compte est bon. Toujours pas de nouvelles de la monnaie sur les 500 Bahts. Il y a un écran de télé géant en face de nous. Je ne sais pas ce qu’ils ont diffusé jusqu’à maintenant, peut-être du foot ou les infos, mais maintenant je ne peux pas faire semblant de ne pas voir l’émission en cours : on nous montre en gros plans d’horribles visages d’enfants, ils ont des malformations graves comme des becs de lièvre, ainsi que les opérations de chirurgie esthétique qui peuvent être faites. C’est un reportage complet, et comme personne n’a changé de chaîne dès les premières minutes, ça va probablement durer un moment. Ça ne semble déranger personne, ils sont probablement déjà trop ivres pour faire attention. Seul un père ou une mère peut être profondément affecté par ces images, parce que la peur d’engendrer un monstre les a forcément effleurés un jour. Mon patient revient à la réalité comme s’il avait reçu un coup de poing dans l’estomac, l’enchantement est brisé, désolé Lek, il n’ira pas avec toi ce soir. 

Je n’en suis qu’à ma deuxième bière et mon humeur ne va pas s’améliorer parce que Joy me demande avec insistance si j’en veux une autre. Ne peut-elle donc pas voir que je ne suis pas un gros buveur ? Mon ventre est plat, mes yeux ne sont pas vitreux, je peux parler sans bafouiller et je ne confonds pas une Thaïlandaise non obèse avec un mannequin de classe mondiale. Il est minuit, demain nous irons à Koh Phi Phi, et nous partons en promettant de revenir. J’oublie les 495 Bahts de monnaie, nous voulons échapper aux images monstrueuses. 

Oh, vous ai-je dit que le bar s’appelle le Black Cat [1] ? Il est juste en face du Lucky Bar [2], j’aurais pu faire attention. 

[1] Chat Noir
[2] Bar De La Chance

Crédit photographique : Pole dancing/Duncan http://www.flickr.com/photos/duncan/, dancers/Gates of Paradox 

L’auteur peut être contacté à : GatesofParadox@gmail.com

C’EST QUE ÇA M’A DONNÉ SOIF D’ÉCRIRE TOUT ÇA ! VOUS VOYEZ LE BOUTON « BUY ME A BEER » SUR LE CÔTÉ GAUCHE DE L’ÉCRAN ? IL SERT À QUOI À VOTRE AVIS ?

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